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Vie associative et culturelle : Patrimoine


LE GRAND PARC DE VERSAILLES

Par Any Allard, professeur d'Histoire, co-auteur du livre « Feucherolles-Ste Gemme » avec Henri Euvé.

Le Grand parc de Versailles

On dit que le Grand Parc est un palimpseste, c'est-à-dire un parchemin éternel sur lequel on peut toujours écrire et ré-écrire…un terrain sur lequel on peut construire et re-construire…mais où les couches inférieures transparaissent toujours en filigrane. Au moment où le temps devient plus favorable aux promenades, il est intéressant de rappeler comment Louis XIV a fait constituer le plus grand domaine de chasse de tous les temps, le Grand Parc de Versailles, dont nous croisons souvent les vestiges sans le savoir.

Feucherolles est en dehors des limites du Grand Parc, mais Ste Gemme s’ouvre sur la forêt de Marly qui en est le prolongement.


La constitution du Grand Parc

De 1664 à 1705, une politique patiente d’achats ou d’échanges permet d’acquérir les seigneuries de Bailly et Noisy (1664), les terres de Clagny (1665), la seigneurie de Glatigny (1675), la terre et baronnie de Marly-le-Chastel (1676), la seigneurie de la Celle St Cloud (1683), les fiefs et fermes de Gallie et de Choisy-aux-bœufs, de Bouchevilliers, des terres et héritages de St Cyr, Fontenay, la ferme de Voluceau à Bailly (1684), la ferme de Moulineaux dans le même village (1689) et enfin Bois-d’Arcy (1705).
Parallèlement se poursuit une politique obscure d’échange, pour se débarrasser de terres lointaines au profit de fiefs proches de Versailles.


Le Grand Parc de Versailles et la forêt de Marly au XVIIème siècle, A 108, AD des Yvelines

Le Grand Parc de Versailles et la forêt de Marly
au XVIIème siècle, A 108, AD des Yvelines

Le Grand Parc dans le Val de Gally vers 1750

Le Grand Parc dans le Val de Gally

Ainsi, en 1693, la seigneurie de Chevreuse est échangée contre les terres de Buc, Guyancourt et Voisins-le-Bretonneux appartenant aux Dames de la maison de St Louis de St Cyr.
En 1701, René de Fronlay, comte de Tessé, cède des héritages à Bailly, Noisy, Marly, Rocquencourt et le fief de Voluceau en échange du domaine de Beaumont et de la baronnie de Fresnaye.
Enfin, en 1703, le Duc de Chevreuse offre à Louis XIV Villepreux et Rennemoulin car le comté de Montfort que le Roi lui avait donné quelques mois plus tôt, avait plus de valeur que la terre que Louis XIV avait alors reçu en échange.
Ces transferts de propriété consolident juridiquement une mainmise de fait.
Depuis 1684, Louis XIV a fait clore l’ensemble : plus de 600 hectares de terres comprenant dans leur intégralité les villages de Bailly, Bois-d’Arcy, Buc, Guyancourt, Fontenay-le-Fleury, Noisy, Rennemoulin et St Cyr, et une partie des terres de St Nom La Bretèche, Villepreux, les Clayes, Trappes, Montigny et Voisins-le-bretonneux, Magny les Hameaux, Châteaufort, Toussus, Les loges et Jouy-en-Josas.
Ce vaste domaine reçoit le nom de Grand Parc. Il entoure au nord, à l’ouest et au sud le premier parc du château constitué dès le milieu du XVIIème siècle, qui est appelé désormais le Petit Parc.
La forêt de Marly, 2000 hectares de bois que le Roi a acquis entre 1685 et 1688 en est le prolongement naturel et giboyeux.

L’aménagement du Grand Parc


Le mur :

Un immense mur de clôture est construit autour du Grand Parc. Il mesure plus de 43 kilomètres. Grâce aux portes, le mur ne coupe pas les chemins principaux mais les voies secondaires peuvent se heurter au mur comme en témoignent encore aujourd’hui la rue du Bout du Monde et la rue du Coin, à Ste Gemme, définitivement condamnées à devenir des impasses.
Près des portes principales 22 pavillons sont construits pour le logement des gardes, gardes des Plaisirs du Roi. Ce sont souvent des Suisses puisque depuis les guerres d’Italie de François Ier et la paix de Fribourg en 1516, le Roi de France a le droit de lever des troupes dans les cantons helvètes. On retrouve leur présence dans les registres paroissiaux de Ste Gemme. Ils sont le symbole du pouvoir royal.
Mais le mur, tracé au cordeau, coupe en deux le territoire de certaines paroisses comme c’est le cas à St Nom la Bretèche qui trouve aussi sur son territoire le mur fermant la forêt de Marly.
Ce mur manifeste clairement la volonté de créer une enclave dévolue aux « Plaisirs du Roi ». Il subit des dégradations dès le début de la révolution – le régisseur du domaine se plaint qu’on le crève - . Cela témoigne, mieux que des plaintes, des embarras qu’il cause aux paysans.

Maison de Garde Pavillon d'Arène

Pavillon d'Arène

Maison de Garde Pavillon d'Arène

Pavillon d'Arène

La Ceinture :

Une politique d’aménagement accompagne la construction du mur car il faut offrir des déplacements aisés aux chasses de sa Majesté. Alors on crée sur tout le territoire du Grand Parc des avenues et des allées.
A l’extrémité du Grand Canal est établie une fourche d’où partent cinq avenues bordées d’arbres. La plus imposante est l’avenus royale de Villepreux qui traverse le grand Parc d’est en ouest et dessine dans le prolongement du Grand Canal une perspective grandiose.
Au sud, l’allée qui longe le mur reçoit le nom de ceinture. Epaisse de plusieurs rangées d’arbres, elle permet aux cavaliers de quitter le bois de Buc et de traverser le plateau sans s’embourber dans les terres cultivées.

Les remises :

Il faut aussi assurer au gibier des gîtes sûrs. On crée des remises, pièces de bois rectangulaires de quatre hectares environ implantées au milieu des terres cultivées.
Ainsi, les animaux ont leur refuge au cœur même des terres qui assurent leur subsistance.
En effet on impose aux fermiers des conditions particulières pour accroître le gibier afin de satisfaire aux grandes chasses de la Cour : ils sont tenus de labourer et d’ensemencer des terres situées au milieu des fermes sans les récolter, car leurs épis sont destinés à nourrir le gibier. Ce sont les remises à grain. Ils doivent chaque année déposer à la ménagerie ou aux faisanderies du parc du grain ou du fourrage qu’on leur paye un prix très bas. En contrepartie, le loyer de la terre est très modique, de moitié inférieur au prix pratiqué hors du Parc. Cette contrepartie assure la prospérité des fermiers. Elle excède largement les dégâts causés par le gibier et les obligations comprises dans les baux.
Ainsi, le système d’exploitation établi dans le Grand Parc assure la fortune de quelques familles, qui constituent une oligarchie puissante et entreprenante mais fermée sur elle-même, tels les Pluchet à Trappes, Guyancourt et Gally, les Chachouin à Guyancourt alliés aux Yvoré de Villaroy.


Chronologie de l’insurrection dans le Grand Parc

1790 :
- 16 septembre: on tire à balles sur un garde-chasse
- 17 septembre: les paysans de Guyancourt abattent le gibier sur leurs champs puis dans la journée, hommes et femmes envahissent les plaines et les remises pour poursuivre ce gibier qui a dévoré la récolte de l’été.
-  Automne-hiver: les fermiers mettent en culture, sans autorisation, les remises et les friches de leurs exploitations.

1791 :
- 6 septembre: Louis Charles Couturier est nommé régisseur et receveur du Domaine de Versailles
- Automne: les paysans défrichent, pour mettre en culture, les remises et les friches. Ils arrachent les buissons des friches, les arbres des remises et défoncent le mur.
- 5 octobre: le directoire de département envoie 30 gendarmes pour faire cesser les défrichements.
- octobre: JB Sendron de Romainville, maire de Buc, intervient au près du ministre Clavière pour obtenir les partage entre les paysans des remises, ceintures et friches

1792 :
- 20 novembre: décision de Clavière de distribuer à bail les terres susdites à ceux « qui n’ont aucune propriété à exploiter même pas en location ».
- Décembre: les fermiers refusent l’arpentage de leurs terres. Querelles administratives entre Couturier et Romainville

1793 :
- Janvier: le district de Versailles envoie une pétition au département afin de modifier radicalement l’exploitation des terres dans le Grand Parc.
- Février: nouveaux troubles sur les terres de la liste civile à Noisy, Ville d’Avray. Nouvelles querelles entre Couturier et Romainville.
- 28 février: décret de l’Assemblée nationale sur le partage des terres en friches et buissons, aux enchères, pour un an
- 1 mars: soulèvement général : une délégation de paysans sous la conduite du curé de Rocquencourt, fait irruption à l’Assemblée nationale pour exiger l’abrogation du décret.
- Mars: les remises, ceintures et friches du grand Parc sont envahies par les paysans et mises en culture-
- 3 juin: les biens de la Liste civile seront vendues par petites parcelles payables en 10 ans, les indigents recevront un arpent mais ils doivent libérer les terres de chasse. Les envoyés en mission Delacroix et Musset sont chargés d’organiser les ventes aux enchères.

Cette vente des Biens nationaux organise un vaste transfert de propriété qui profite principalement aux paysans riches et à la bourgeoisie.


Sources :

- J3072, étude sur le Grand Parc, Any Allard, 1990, Archives départementales
- La Révolution des paysans de Guyancourt, Any Allard et Laurent Ménard, Mairie de Guyancourt, 1990.
- Feucherolles Ste Gemme, 2000 ans d’Histoire, Mairie de Feucherolles, 1992.